Forum Fantastikindia

Sondage sur le cinéma hindi en France

Démarré par Lyson, 09 Août 2015 à 19:29:10

« précédent - suivant »

Lyson

Bonjour à tous !   ;)
Je viens de répondre au sondage sur la promotion du cinéma hindi en France.
Quelqu'un peut-il me dire s'il y aura un retour sur les résultats et une parution ou un compte rendu de cette étude ? Et si oui, quand ?
Merci  :jap:
:salut:

Marine

Bonjour Lyson.
Merci d'avoir répondu au sondage :)
Normalement, la soutenance du mémoire devrait avoir lieux en septembre, nous verrons à ce moment-là comment faire part des résultats :)

vijay ouest

Je n'ai pas répondu au questionnaire mais je souhaiterais dire que pour moi, l'une des sources de l'intérêt pour le cinéma indien de type Bollywood, c'est l'esprit filmi (une sorte de jeu permanent pour le spectateur) qui a été très bien présenté par Grimaud dans le cas du public indien en Inde (« Etre ou ne pas être filmi ou la "bollywoodianisation" en chantier », p. 717-728, in Jaffrelot (dir.), L'Inde contemporaine de 1950 à nos jours, Fayard / CERI, édition de 2006). Le chapitre de Grimaud mérite d'être lu et surtout relu, ce serait dommage de le sous-exploiter. Peut-être y a-t-il un phénomène "filmi" équivalent (à plus petite échelle) dans le cas de la France pour les mêmes films de Bollywood. C'est juste une idée dont je voulais faire part.

mel

Citation de: vijay ouest le 24 Août 2015 à 13:31:05
Je n'ai pas répondu au questionnaire mais je souhaiterais dire que pour moi, l'une des sources de l'intérêt pour le cinéma indien de type Bollywood, c'est l'esprit filmi (une sorte de jeu permanent pour le spectateur) qui a été très bien présenté par Grimaud dans le cas du public indien en Inde (« Etre ou ne pas être filmi ou la "bollywoodianisation" en chantier », p. 717-728, in Jaffrelot (dir.), L'Inde contemporaine de 1950 à nos jours, Fayard / CERI, édition de 2006). Le chapitre de Grimaud mérite d'être lu et surtout relu, ce serait dommage de le sous-exploiter. Peut-être y a-t-il un phénomène "filmi" équivalent (à plus petite échelle) dans le cas de la France pour les mêmes films de Bollywood. C'est juste une idée dont je voulais faire part.

Pour mon malheur, j'ai lu le chapitre précédent : «Le cinéma en Inde : Rasa Cinematografica». Il est très irritant et assène des paragraphes comme :

"Qu'est-ce qu'un film hindi  ? C'est une forme avilie du film social dans laquelle se conjuguent le plaisir de la reconnaissance et la répétition d'éléments déjà éprouvés. On y expose un thème susceptible d'attirer le chaland  : une histoire d'amour contrariée ou de corruption. Des valeurs figées sont respectées  : pureté du héros, exaltation de la famille, respect de la religion, dénonciation abstraite du manichéisme. On y insère un héros invincible, des personnages stéréotypés qui ont un jeu dramatique outrancier  ; on y fait alterner des scènes violentes ou mélodramatiques avec des pauses musicales qui n'ont pas de rapport direct avec l'intrigue. L'impact des six chansons indispensables, qui n'ont le plus souvent qu'une présence prosaïque, les filmi geet, sera très amplifié par toutes les échoppes qui les repasseront à longueur de journée et parfois de nuit, assurant ainsi au film une propagande auprès d'un public qui ne sait ni lire ni écrire, et qui aura plaisir à les reconnaître à la projection.

Ces chansons sont interprétées, quelle que soit l'actrice, par la même cantatrice. Lata Mangeshkar monopolise le marché du play-back depuis plus de cinquante ans, elle double encore et toujours avec succès la majorité des jeunes premières, quelle que soit leur voix. Ce que veut le public indien avant tout, c'est entendre une voix dont il a l'habitude. La reconnaître malgré la présence d'actrices différentes ne le gêne pas  ; au contraire, c'est ne pas l'entendre qui le dérange. Pour le spectateur européen, il est stupéfiant d'assister à de telles projections  : tout lui paraît factice, artificiel, effet kitsch, mais c'est justement cela qui ravit le public indien, ce mélange naïf de clichés, de sentimentalisme et de moralisme.
."

Ça me fait penser à Mother India de Katherine Mayo.

Marine

C'est extrêmement méprisant O_o
Il y a des gens qui osent écrire des trucs pareils ?

mel

#5
Citation de: Marine le 25 Août 2015 à 22:21:45
C'est extrêmement méprisant O_o
Il y a des gens qui osent écrire des trucs pareils ?

Ce chapitre imbécile et insultant est de Joël Farges, un enseignant à Paris 3 (il doit être à la retraite aujourd'hui) et un cinéaste raté. Il a produit et co-produit plusieurs films asiatiques dont le fantastique Hazaaron Khwaishein Aisi

Le texte, écrit probablement à la fin des années 90, est malheureusement abondement cité.

Dans un autre article de 2000 qui reprend la trame du chapitre en question, il parle de quelques films qu'il a vus. Mais sa vision est terriblement biaisée. Par exemple, quand il tente de critiquer Dil Se..., il ne sait pas que la trame du film suit fidèlement un poème persan. Il ne sait pas non plus qu'il s'agit du 3e film d'une trilogie. Il ignore aussi le motif récurent du "harceleur" car il ne doit pas être présent dans ce qu'il pense être la source cent fois reproduite du cinéma indien. Pour couronner le tout, il n'a pas compris l'histoire en croyant qu'Amar était le "héros" alors que c'est un papillon attiré la lumière et qui va s'y brûler. Un film indien sans héros redresseur de tords c'est impensable pour lui...

« Rahman tourne aussi Dilse. Une histoire d'aujourd'hui : un jeune journaliste aisé photographie par hasard une jeune femme. Il en tombe amoureux, la poursuit, mais perd très vite sa trace. Désespéré, notre héros devient correspondant de guerre au Cachemire. Et là, comme par hasard, il retrouve la jeune fille qui a épousé la cause des séparatistes. Dans ce mélo embrouillé, le statut du héros devient indiscernable. Il n'est ni partie prenante du conflit, ni témoin horrifié des violences, ni même victime des événements.

En fait, Ratnam démontre que le rêve éveillé, qui est la dimension fondamentale du Hindi film, ne s'accommode pas de l'intrusion d'un semblant de réalité. Il n'ose pas contaminer son personnage par le réel car il craint que le conflit du Cachemire n'apparaisse dans toute son horreur et ne l'oblige à changer son personnage. Pour ne pas avoir à entrer dans la psychologie de ce dernier, il le préserve de trop d'influences extérieures et sa toile de fond, de réelle, devient factice. Il choisit une voie conventionnelle. Seule la belle semble le concerner et, lorsqu'elle portera une bombe sous son sari – comme la meurtrière de Rajiv Gandhi –, elle choisira de mourir avec son amant plutôt que de sacrifier d'innocentes victimes. Mais celui-ci n'en aura rien su et, en cela, il n'a plus statut de héros mais celui d'une pâle figure qui n'a pas choisi son destin. C'est donc un mélodrame qui respecte la forme de la narration indienne tout en tentant de faire apercevoir la réalité. Le film est entrecoupé d'intermèdes dansés particulièrement novateurs, accompagnés d'une partition du musicien de Bombay. Mais, malgré ces efforts, le public n'a pas apprécié de se voir rappeler que l'Inde est encore en proie à des conflits tragiques.
»

vijay ouest

Joël Farges a une certaine conception du cinéma, il s'intéresse en priorité au cinéma d'art et essai, il ne s'intéresse pas au cinéma populaire et commercial. Ce qu'il dit n'est pas toujours inexact. Oui, il y a quelque chose de répétitif dans le cinéma de Bollywood et certains films populaires sont très médiocres. Il considère que le cinéma commercial indien écrase et étouffe le cinéma d'art et essai. Mais sa vision est incomplète, il exagère en résumant trop facilement le cinéma populaire à ce qu'il fait de pire ; on peut le lui reprocher car il aurait dû dépasser son a priori et nuancer ses propos. En fait, il passe à côté de ce qu'il y a d'intéressant dans le cinéma populaire. Son point de vue est contredit par le chapitre de Grimaud qui est anthropologue. Farges reproche aussi au cinéma populaire indien ses difficultés et ses réticences à aborder les sujets politiques. C'est dans ce contexte qu'il aborde et commente des films de Mani Ratnam, je crois comprendre qu'il dit plutôt du bien de "Bombay", reconnaît certaines qualité à "Dil Se" (les chorégraphies) mais considère que c'est un film hybride ayant cherché à concilier les contraintes commerciales indiennes et un thème politique, il considère que c'est un film bizarre qui confirme l'incompatibilité entre le genre Bollywood et le traitement de thèmes d'ordre politique.

mel

C'est vrai, il semble qu'il ait bien aimé Bombay, mais il ne peut se départir de son ton suffisant et méprisant. Il n'imagine pas qu'un indien puisse faire quelque-chose qui lui plaise sans s'inspirer ou copier l'occident  : "Sa tentative de synthèse réussit avec Bombay, qui n'oublie pas les danses ni les chants et qui rencontre un succès mondial. Sa façon de filmer les danses étonne et enthousiasme le public. On voit qu'il a étudié les films de Bob Fosse, qu'il a vu des musicals à Broadway. C'est dynamique, moderne et enlevé." (toujours dans "Le cinéma populaire indien : un parfum d'opium....", Critique internationale n°7 - avril 2000)

Sur le fond, sa vision du cinéma indien d'avant 1947 est clairement fausse, ne serait-ce que parce que le public n'était pas celui qu'il croit. En réalité il était masculin, jeune, avec un minimum de moyens et donc d'éducation, et surtout peu nombreux. C'est très loin de la foule innombrable d'analphabètes misérables avides de merveilleux qu'il imagine. Et à Bombay, ce public d'hommes allait voir des femmes au cinéma (Sulochana, Gauhar, Durga Khote, Devika Rani, Fearless Nadia, Zoubeida etc, etc.). Le genre religieux était très présent au Sud, mais beaucoup moins au Nord dès les années 20.

Le cinéma commercial doit être évidemment fédérateur. Il ne peut pas aller au delà de ce qui fait consensus dans la population. Donc il peut difficilement adresser frontalement des sujets qui divisent (islam/hindouisme, la colonisation, la partition, état d'urgence, terrorisme intérieur, les partis politiques au pouvoir etc.). C'est la même chose partout. Je ne crois pas que Louis de Funès ait jamais participé à un film politique :) Attaquer violemment Bollywood dans son ensemble pour cette raison est stupide.

Bref, l'article de Grimaud par contre est effectivement fascinant. Puisqu'il en parle, je me suis étonné moi-même à aller à Interlaken en Suisse rechercher les lieux de tournage. Je dois être imprégné de filmi moi-aussi :)



vijay ouest

Je suppose que Joël Farges reproche au cinéma populaire et commercial indien d'être trop dominant par rapport au cinéma d'art et essai. Il pense sans doute qu'un cinéma d'art et essai fort est indispensable pour faire évoluer un pays, d'où l'exemple qu'il donne pour montrer l'impossibilité de traiter des questions politiques tout en restant dans le registre Bollywood. Il conteste ainsi la prétention de Bollywood d'être très créatif et très souple et de pouvoir aborder tous les sujets. Mais si c'est ça sa position, alors il aurait dû le dire avec plus de clarté car son analyse du cinéma populaire et commercial reste superficielle, a fortiori si on la compare à celle de l'anthropologue Grimaud qui a fait du terrain et a lu les Bollywood Studies.

vijay ouest

Citation de: mel le 29 Août 2015 à 20:04:56C'est la même chose partout. Je ne crois pas que Louis de Funès ait jamais participé à un film politique :) Attaquer violemment Bollywood dans son ensemble pour cette raison est stupide.

La thématique de la morale a une place importante dans le cinéma indien populaire. Il ne me semble pas que les films de De Funès se voulaient des films spécifiquement moraux. Et il est possible de considérer que c'est contradictoire de se vouloir moral et simultanément d'ignorer les questions politiques.

mel

Citation de: vijay ouest le 30 Août 2015 à 15:05:20
La thématique de la morale a une place importante dans le cinéma indien populaire.

C'est une bonne remarque et finalement, je me pose la question de savoir si c'est bien vrai...

Les films commerciaux (en Inde comme ailleurs) ne remettent pas en cause la morale commune. A la fin du film, les choses rentrent dans l'ordre : les méchants sont punis, les gentils récompensés etc.  Cet "ordre final" est représentatif de la morale commune. Mais en même temps, les films ne disent pas que c'est cette morale qu'il faut suivre, ils retombent simplement sur leurs pieds.

A la réflexion, je ne me souviens pas d'un film hindi  commercial où un personnage transgresse la morale (enfant hors mariage, relation inter-caste, rejet des aînés, athéisme militant etc.) et soit montré comme un méchant pour cette raison, puis puni comme il se doit. Au contraire, ce personnage transgressif finit en général par être "pardonné", voire accepté. Si toutefois il vient à mourir (comme nombre de prostituées), c'est montré comme un malheur. Je me trompe peut-être, mais je me dis que Bollywood ne cherche pas à renforcer/encourager une morale particulière.

vijay ouest

Citation de: mel le 31 Août 2015 à 00:44:34
je me dis que Bollywood ne cherche pas à renforcer/encourager une morale particulière.

Oui, la morale de Bollywood est assez générale, abstraite, ambigüe et souple et elle se veut ouverte et généreuse.
Le ciné populaire indien repose sur une "formule" intéressante : sentiments, morale, esthétique (notamment les chansons), humour filmi. Par rapport aux mélodrames, il y a donc l'humour qui est en plus.
Mais cette formule ne peut pas être complète car elle ne semble pas pouvoir aborder les questions politiques de façon approfondie alors que s'intéresser à la morale nécessiterait de s'intéresser aux questions politiques.

vijay ouest

Le cinéma populaire indien, ce sont plutôt des mélodrames même s'il y a aussi des films policiers et des comédies
Le cinéma populaire français, ce sont plutôt des comédies.
Donc, c'est difficile de comparer le cinéma populaire en Inde et en France.

Nadège

Wow je suis étonnée que de tels critiques aussi vives ont été faites sur Bollywood! Je savais que il y a toujours un côté moqueur quand on parle du cinéma indien mais à ce point méprisant!  :ouch: :( C'est propos très ethnocentriste! on peut pas comparer un cinéma qui n'a rien à voir; la présence de danse ça s'intègre dans la culture indienne je pense.
Après je n'en sais pas beaucoup, mais c'est comme l'article sur l'ancêtre des item song - la forme du cinéma indien vient de formes de spectacles, de divertissement et surtout d'art beaucoup plus anciens et qui font partie de la culture indienne.
Evidemment qu'on ne produit pas des films de la même façon qu'en Occident, ça ne réponds pas à la même culture.

En tout cas c'est très intéressant et ça donne envie de se plonger dans l'étude de ce cinéma et de sa réception selon les cultures! ça permet de comprendre aussi pourquoi peut etre la place du cinéma indien est marginale (même si elle commence à se populariser tout doucement...)

Forget not that the earth delights to feel your bare feet and the winds long to play with your hair.  ~ Khalil Gibran

vijay ouest

Citation de: mel le 29 Août 2015 à 20:04:56
Le cinéma commercial doit être évidemment fédérateur. Il ne peut pas aller au delà de ce qui fait consensus dans la population. Donc il peut difficilement adresser frontalement des sujets qui divisent (islam/hindouisme, la colonisation, la partition, état d'urgence, terrorisme intérieur, les partis politiques au pouvoir etc.).

Il y a évidemment des aspects commerciaux qui dissuadent d'aborder les questions politiques sensibles mais il y a aussi le style populaire qui, en soi, ne serait pas simple à concilier avec des sujets politiques. C'est un peu le trouble que j'avais éprouvé en voyant Dil Se dont les réussites esthétiques (chorégraphies) m'ont semblé aller au détriment de la dimension politique de l'histoire au lieu de la servir, de même l'histoire d'amour tendait à s'opposer au traitement de la question politique, c'est du moins l'impression que j'ai eu en le voyant. A ma connaissance, il y a un seul film qui aurait réussi techniquement à jouer sur les deux registres, c'est Dev (2004) de Govind Nihalani. Même si ce fut un échec commercial, il respectait les principes du genre populaire (histoire d'amour, histoire d'une amitié, figure du héros, chansons durant le film, style relativement simple, suspense) tout en abordant avec clarté un thème politique.